Bien qu'aujourd'hui encore en cryostase, le webzine grrrndzero est toujours là. Il reprend des forces et pourra bientôt battre la campagne comme un fier animal béat courant après ses nouvelles passions éphémères.

La section imagerie rassemble principalement les vidéos de concert de concerts passés. Le plan est de développer un peu cette zone. Qui sait la webdoc-fiction-témoignage-interactif-big-data sur la vie quotidienne de Grrrnd Zero « Tout pour La Cause rien pour les Autres - saison 1 : Crust beer et lingerie fine » sortira peut-être un jour. Et pourquoi pas un live stream de nos sessions cuisine ou du chantier ?

On va essayer de rassembler des liens à la cool dans cette section là aussi. Des sites qu'on aime bien, des projets qu'on jalouse, des trucs à lire à notre place, des images rigolades, ce genre de choses là.  

Les archives chaos sont les archives de TOUT le site depuis les début de gz, par ordre de publication.
Quelques trucs se sont peut-être perdus entre les différentes version du web, mais sinon on archive méthodiquement et tu peux tout explorer.

 

 

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high places et deerhunter aussi un peu à la fin


High places est un duo dont on ne sait pas grand chose, à part qu'ils viennent de brooklyn, aiment la folk primitive, existent depuis pas trop longtemps, ne sont pas en couple mais juste « les meilleurs potes », et que la fille dégage un charme timide qui doit retenir l'attention de nombreux spectateurs, qu'ils aiment ou non leur musique. A tous les coups, ils sont vegan.

En tout cas, ils sont résumables musicalement par une addition qui ressemble au fly d'un concert aussi impossible que génial :


Young Marble Giants (pop minimaliste magnifique galloise de 1980)

+

Martin Denny (« inventeur de l'exotica », un truc qui se joue avec des marimbas ou je ne sais trop quoi ; le tout déployé au bord de la piscine d'un hotel hawaïen ou l'on consomme des cocktails extravagants. RIP depuis 2005)

=

high places - head spins.mp3

high places - sandy feat.mp3

high places - freaked flight.mp3


Allez savoir pourquoi, ce mélange FONCTIONNE.










Ils joueront le 2 juin, dans le salon de grnd gerland, avec Deerhunter.

deerhunter - Like New.mp3

deerhunter - hazel st..mp3

Quelqu'un devrait écrire un truc sur deerhunter, c'est pas mal.


Bisou Bisou



We want josh back


Animal Collective poursuit sa quête de productivisme effréné (studio/tournée/studio/album solo/pause d'un mois/tournée/studio). Dernier truc à télécharger en date, le maxi "Water Curses".

Seul le morceau qui donne son nom au disque mérite d'être écouté mille fois. Le reste (trois machins jugés indignes d'apparaître sur Strawberry Jam) oscille entre l'insignifiant et le profondément ennuyeux.

Animal Collective - Water Curses.mp3

Après la période chaos bruitiste (danse manatee, here comes the indian), après les folles et magiques excursions acoustiques entre le scoutisme et la toxicomanie (campfire songs, sung tongs), après le virage pop (Feels, Strawberry Jam), voilà la nouvelle étape : la compagnie créolisation d'animal collective.




Si vous pensiez qu'ils avaient déjà franchi l'infranchissable avec Brother Sport (open up your, open up open up your...), le retour au réel risque d'être pénible. Dans Watercurses, il n'y a plus que des samplers et des voix lisses, chantées avec application, dépourvues du moindre hurlement. La composition en elle même reste bien évidemment parfaite, avec ses ruptures et ses lignes de chant toujours aussi improbables. La production, elle, risque tout bonnement d'épouvanter les Intégristes. Et d'encourager de gros coming out afro beat pour les autres (genre "et ouais les mecs, le zouk n'était pas qu'un feu de paille").

Dans le doute, on préfère se dire que le groupe responsable d'une chanson comme native belle ne peut pas avoir vraiment tort.

On imagine bien le clip : dave qui sautille en pensant à sa kristin, déguisé en petit singe, panda qui fait du surf en éructant quelques mantras bien sentis, et geologist qui tape sur des noix de coco, portant un médaillon à l'effigie de Philippe Lavil. Le tout en incrustation sur des motifs psychédéliques abstraits, à l'image de certains tshirt apparus en tournée :





Que ce soit clair, on adore ce morceau. Il rappelle un peu Tikwid (une valeur sûre, donc) dans la construction et la mélodie. On regrette juste la production des voix, trop propre, qui leur vaudra sans doute de nombreux mdr/lol sur les forums de nerds psychorigides.


Le prochain album est déjà enregistré, on ne s'inquiète pas, il saura prodiguer excitation béate et joie primitive.
Mais une division inévitable va apparaître. Des petits groupes de gens qu'on connait, avec qui on partage des kinder bueno, papote sans fin sur gmail, fume des clopes, voire habite, vont se réunir et s'entendre sur le fait qu'Ac a trahi. Ils jugeront avec sérieux et élégance que le groupe ne pourra plus jamais égaler Sung Tongs, album contenant au moins deux de leur cinq meilleures chansons.
A l'opposé, on trouve des optimistes un peu débiles, gouvernés par leur émotivité, portés par la certitude intime que les membres d'AC sont des chiens fous indomptables dont nous devons autant respecter les vêtements que les choix esthétiques. Depuis presque toujours, ils errent, sans avoir jamais l'air de trop penser aux albums précédents.


BREF.

Mais on s'interroge, normal, sur leur capacité à écrire des morceaux aussi poignants que
winters love, slippi, banshee beat ou cuckoo. Les AC sont HEUREUX (baraque au Portugal / belle famille en Islande / boulot pépère au milieu des espadons et des truites) et nous le font savoir (grâce à des mots comme "joy" ou "open"). Alors oui, c'est beau d'être gai et positif (paul mc cartney est comme ça depuis 66 ans), mais leur Dark Side nous manque. Peut être que la rédemption passera par le retour très attendu de Josh (guitariste dépressif blond, absent depuis la fin de l'enregistrement de Strawberry Jam).

Une énigme demeure : comment ces hippies crusts hirsutes au look de scientologues new age, qui il y a encore quelques années sortaient de leur lycée expérimental de Baltimore pour aller courir dans les bois en avalant des champignons, sont devenus des types parfaits, beaux, mariés, QUI SE LAVENT LES CHEVEUX ?



TROUVERAS TU TOI AUSSI L'EQUILIBRE DANS UNE SOCIETE QUI NE VEUT PEUT-ETRE PAS DE TOI ???




un futur incertain (un peu comme ta vie)



Fuck Buttons est un duo claviers/machines originaire de Bristol, la ville qui explorait avec plus ou moins d'inspiration et de codéine les notions de ralenti et de mou dans les années 90 (flying saucer attack, portishead, tricky...).
Jusqu'à très récemment, leur nom n'évoquait quelque chose qu'à une poignée de talibans du bruit. Depuis, ils ont sorti leur premier album, street horrrsing, et toute la planète indie (terme borderline qui ne veut plus trop rien dire, puisqu'évoquant autant "le dernier bjork" que le prochain black pus) s'emballe.





Mais comment être un groupe drone-noise-psychédélique et devenir une sensation hype majeure en quelques mois ?
La réponse en quatre points :

a) un dossier marketing solide (la division label du festival Atp prend en charge le disque, s'en suit un plan média imparable : pitchfork, libé, inrocks, stereogum, tout le monde pond son article).

b) savoir s'entourer (tournées avec Battles et Liars, John Cummings de Mogwai enregistre l'album, Bob Weston de Shellac le masterise)

c) être très doué.


d) injecter une forte dose de pop au coeur de la déferlante bruitiste. Ces jeunes gens ont une approche émo, physique et extrêmement directe de la musique de snob.

mélodies naïves + distorsion + nappes de synthé + rythmiques répétitives + hurlements jetés dans un micro fisher price = un truc assez excitant.

C'est parfois un peu facile, un peu vain (Ribs out, décalcomanie de black dice/liars, ou leur très limite bien que séduisant morceau dancefloor Bright Tomorrow ). On n'arrive pas trop à déterminer si ils sont innocents ou putassiers, si l'année prochaine ils joueront dans des squats de crust vegans ou dans des clubs remplis d'abrutis cocaïnés, amers et compétitifs.

Mais dans leurs meilleurs moments,

comme

Sweet love for planet earth


ou

Okay, lets talk about magic.mp3

on se dit que Fuck buttons est la version post apocalyptique de My Bloody Valentine. Genre on est à la plage avec notre ami loïc, on n'a pas dormi depuis trente heures, on fume notre soixante douzième cigarette, le jour se lève, tout est douceur et apaisement, puis sans prévenir le soleil explose et l'univers entier se consume.

Presque comme dans Deep Impact.





Fuck Buttons joue au sonic le 27 mai. Yeah.

Blood on the wall





En soi, un nom pareil pourrait évoquer une kyrielle de choses abominables qu'on n'aurait pas la patience d'énumérer, mais ce serait sans compter sur le tempérament débonnaire de ce trio brooklynite.


***GENESE***


Au commencement, Courtney Shanks rencontra le batteur Miggy Littleton, vétéran de formations indie-folk-rock comme Ida, White Magic ou The Shit. Il vendait des cartons de disques au coin de sa rue:

I actually met Courtney when she dug through my crates and picked out the best shit, and I said to myself, "Who is this cool girl with great taste in music?" Within a few months she was one of my best friends.


C'est beau. D'autant que Courtney possèdait un frère, Brad, qui possèdait lui-même une grosse guitare, de grosses chemises de bûcheron et une grosse barbe rousse; Brad rejoignit finalement Littleton et sa bassiste de sœur pour écluser des bières et former BOTW.


Certains les ont nonchalamment catalogués dans le stoner rock, alors qu'il est quand même plus évident de faire le zouave sur du BOTW que sur du Kyuss. Thurston Moore, Kim Deal, Frank Black et Kim Gordon eussent-ils d'ailleurs folâtré ensemble, cela aurait à peu près donné BOTW, la filiation avec Sonic Youth – période Goo/Dirty -- et les Pixies étant une réalité axiomatique pour quiconque leur a déjà prêté l'oreille. En 2003, ils sortent un premier album éponyme aux lettres bleues qui ondulent sur un fond noir et, en 2005, ils sortent Awesomer (chez The Social Registry/Fat Cat, avec le producteur de Fiery Furnaces, Black Dice, Silver Jews) aux lettres multicolores qui ondulent sur un fond blanc.

Cette intense recherche graphique est assez analogue à leur quête d'innovation d'un album à l'autre – soit pas grand-chose, en fait. Mais d'autres détails viennent donner de l'étoffe à BOTW, telles les analyses de leurs canettes qui ont par exemple révélé des résidus de Pavement, My Bloody Valentine ou Dinosaur Jr.




Aussi, dans la catégorie sosies vocaux, la famille Shanks s'en sort plutôt bien : le timbre de Courtney fait immanquablement penser à celui de Kim Gordon, une once de lasciveté en plus, voire un détachement complet des réalités terrestres ; la voix de son imposant frère rappelle ces moments où Frank Black simulait l'aliénation du chihuahua. Ou, pour citer une auditrice éclairée, elle donne un aperçu de ce que serait « Daniel Johnston à cours de sédatifs ». Leurs chansons balayent les trois quarts du spectre émotionnel d'un humain à peu près sain – envie d'exulter, de mordre, de pleurer. Elles sont donc comme les barres Grany : elles peuvent nous accompagner partout.


Exemples :

pour contempler ses pieds : On My Mouth

pour faire de l'auto-tamponneuse : Witches Teeth

pour aller à Auchan: Security In the Neighborhoods

pour inventer une chorégraphie grotesque: Right To Lite Tonight

pour s'endormir au petit matin : Stoner Jam


En janvier dernier ils ont sorti Liferz, que certains, submergés par leur propre enthousiasme, ont qualifié de « fckn awesome, dude ». D'autres, ankylosés dans leur stoïcisme, diront qu'encore en fois BOTW ressasse ce qui se faisait déjà quand le Mur de Berlin s'effonfrait. Disons que Liferz est bien moins hardi et écorché que les précédents, comme s'il cherchait à s'adapter à des fréquences FM qui de toute façon l'ignoreront.

Ils ont un myspace un peu crado. Ils ont aussi un blogspot où Brad Shanks n'a publié qu'un article, rapide, franc et jouissif. Un peu comme eux.


FUN AND INTERESTING


Mens sana in corpore sano. Souvent mal comprise (un esprit sain dans un corps sain), cette formule redevable au poète Juvenal, énoncée 65 après Jésus Christ, signifiait en réalité que l'homme, s'il est vraiment sage, ne doit demander que la santé de l'âme avec celle du corps.
Sans vouloir tirer de lien de cause à effet entre une quelconque doctrine et la musique de The Chap (à part peut-être le dadaïsme dont ils se revendiquent), je dirais que ces Londoniens tiennent un magnifique exemple d’équilibre entre questionnements cosmogoniques et bonhommie bucolique… (voir photo).



Rares sont les groupes à posséder, au rang de leurs vertus, cette modestie de rendre les choses élaborées évidentes et simples à l’écoute. Des compositions souvent complexes, maniant des rapports tels que dissonance/consonance avec sens et virtuosité, une conception intelligente du rythme (cette fameuse notion de “groove” souvent incomprise, négligée, voire reléguée au registre de l’infamie par le milieu rock’n’roll), une palette sonore allant du chatoyant lumineux au noisy rugueux, des guitares écorchées, des basses analogiques au grain expressif, des refrains catchy, un violon saturé par là, un violoncelle déchiré par-ci et hop… un chœur acapella sorti de nulle part ! Tout ça sent un peu le bricolage, le patchwork bordélique mais ça rajoute encore au charme de la musique.

(Voici deux extraits de leur premier Ep datant de 2003 puis un magnifique morceau tiré de Ham, le second album paru en 2005) :

The Chap - (Hats Off To) Dror Frangi.mp3

The Chap - I Am Oozing Emotion.mp3

The Chap - auto where to.mp3

Vous remarquerez le côté disco du second extrait… et bien ça se gâte dans le dernier album Mega Breakfast (paru ce… heu, joli mois de mai)… ça devient même très très bon ! Dancy-noisy staïle :

The Chap - They Have A Name.mp3

Et puis écoutez cet autre titre avec ses riffs de cordes cheaps et son refrain épique et exalté :

The Chap – Fun and Interesting.mp3

Plus j’écoute ce disque plus il m’apparaît telle une fourmilière alibabesque, un genre de super méga collage fantasmagorique regorgeant de détails et de références croustillantes.

Des fois, ça ressemble à du adem remixé par fourtet :

The Chap - The Health Of Nations.mp3

Tantôt à du r’n’b post-industriel :

The Chap - Take It In The Face.mp3

Ou à un genre de dada pop… enfin je sais pas bien… des fois ça ressemble à rien du tout en fait :

The Chap - Proper Rock.mp3



Bon, tout ça pour dire qu’ils ont joué à St Étienne, dans le cadre du Festival des Musiques Innovatrices, le 29 mai dernier et que Grnd Zero était partenaire de la soirée.
Sans vouloir réaliser un résumé exhaustif de leur prestation, c'est dans un élan ascético-synthétique que je qualifierais ce concert de BEAU, SURPRENANT, SPECTACULAIRE, DRÔLE et DÉPAYSANT… Afin de mesurer l'ampleur de mon enthousiasme, choisissez un objet ou une personne quelconque… appliquez lui ces 5 vertus et CONSTATEZ : si parfois 3 d'entre elles conviennent, c'est assez rare qu'elles s'appliquent les 5 à votre objet (ou personne)… c'est dire si ce groupe est passionant.
C'est également la raison pour laquelle ils joueront à Grnd Zero le samedi 1er novembre.


BACH ET VENETIAN SNARES


Venetian Snares = breakcore master ? Pour sûr… bien que très réducteur. Si le King du joyeux drill nous a, effectivement, fourni parmi les plus beaux corpus en matière de sauvagerie et de frénésie rythmique, la subtilité de son écriture, tant mélodique qu’harmonique n’a jamais relevé du secret et des plages comme ce Vida (extrait de Huge Chrome Cylinder, 2004) ne sont qu’un exemple merveilleux de ses aptitudes dans le registre de l’élégance et du raffinement…

Venetian Snares – Vida.mp3



Lorsque j’étais au Conservatoire (et oui, ça arrive…), quelques saisons de ma vie ont été occupées à me droguer littéralement et exclusivement… à de la musique dite classique, et les deux seuls artistes appartenant à la galaxie “musique de jeunes”, trouvant grâce à mes yeux n’étaient autres qu’Aphex Twin… et Venetian Snares.
Je dois dire que mes intuitions de l’époque, une fois révolue cette période de séquestration culturelle et d’hermétisme musical, se sont précisément vérifiées grâce à l’album au nom imprononçable (Rossz Csillag Allat Szuletett) pour qui n’est pas familier du Hongrois ancien.

Sur ce manifeste, un Aaron Funk (c’est son vrai nom) mâture nous dévoilait enfin certaines clés utiles pour comprendre l’architecture souvent singulière de ses œuvres passées. Je touchais alors du doigt pourquoi, inconsciemment par le passé, il m’arrivait d’écouter un quatuor de Béla Bartok avec la même attention que certains joyaux signés par notre fiévreux Canadien. Rencontre d'univers différents (la musique classique, le folklore hongrois et l’électro-break extrême), Rossz Csillag n’en demeure pas moins une réussite syncrétique et un acte d’une portée émotionnelle inouïe à mon sens (à noter que Venetian Snares avait même appris à jouer du violon et de la trompette pour composer ce disque).

Venetian Snares - Felbomlasztott Mentokocsi.mp3

Venetian Snares - Szamár Madár.mp3

Venetian Snares - Hiszékeny.mp3



Non sans intercaler quelques Eps et Lps épileptiques dédiés à son auditoire breakcoreux, Venetian ne s’arrêtait pas en si bon chemin, nous livrant en 2007 My Downfall la suite orgasmique à ce premier essai… à l’image de ce morceau :

Venetian Snares – Integraation.mp3

Là où dans Rossz Csillag, les beat et sonorités électros enrobaient le propos comme pour le légitimer auprès des fans (qui n’auraient peut-être pas bien négocié le virage autrement…), ces “subterfuges technologiques” n’interviennent qu’avec parcimonie et s’avèrent même totalement absents sur la majorité des titres. La richesse rythmique est toujours présente… pas les beats :

Venetian Snares – Hollo Utca_2.mp3


Venetian Snares – Hollo Utca_3.mp3


Crise mystique ou élan dronesque, Venetian s’applique à nous immerger dans une cathédrale sonore avec ce Colorless que n’aurait pas renié Stockhausen (enfin j’espère…) :

Venetian Snares – Colorless.mp3

N’allez pas vous imaginer pour autant que sa venue à Lyon mobilisera quelques jeunesses locales vouées à la dévotion car en concert, c’est de bois bandé (et d’alcool fort) que se chauffe Venetian Snares : du break du break du break !




CROIRE EN LA DÉCROISSANCE


En l’an 2000, Jamie Lidell est jeune, il signe chez Warp records et publie un premier essai instrumental et virtuose (Muddlin’Gear), à classer dans la catégorie électro pour public averti.



Cinq ans plus tard, ce londonien dévoile, contre toute attente, un organe hors du commun… le Grand Créateur l’a, en effet, doté d’une des voix les plus admirables depuis… allez soyons fous : Otis Redding et Marvin Gaye ! Tout, dans ses inflexions jusque dans sa façon miraculeuse de faire swinguer les lyrics “gospel” contraste avec la pâleur de son teint d’Anglais moyen. Avec l’album Multiply, paru en 2005, Lidell surprend, donc, en abordant un sévère virage soul-funk vintage : un exemple magnifique à mon sens, de savant dosage entre soul-pop acoustique et click’n’cuts électroniques (savant et populaire à la fois).
Ses performances scéniques, quant à elles, forcent le respect, Jamie s’improvisant (dans tous les sens du terme) un homme-orchestre “tout à la bouche” à la fois expérimental et spectaculaire.



Loin de suivre la tendance actuelle, le Lidell 2008 s’engouffre dans la voie de la décroissance technologique avec un dernier album (prévu pour avril 2008) rétrograde et néanmoins vertueux : un album acoustique (à peine quelques effets et il faut attendre la plage 6 pour voir apparaître les premiers sons analogiques), à contre-courant des productions du moment, où le “producteur” d’antan accède au statut d’“arrangeur”… et c’est même pas ringard ! Lidell n’y invente rien, rend hommage aux parrains du rythm’n’blues tout en parsemant l’édifice de trouvailles personnelles pour un résultat jubilatoire (désolé, ça fait un peu Télérama ce mot, mais en réalité c’est celui qui convient le mieux…).
Après plusieurs écoutes, je crois que je préfère quand même l’album précédent (je suis vraiment un accro à ses blips et breaks insolites) ce qui n’enlève rien à Jim (c’est comme ça qu’il s’appelle le dernier). On ne va pas vous inciter à aller le voler sur soulseek, déjà plus à la Fnac (mais c’est un peu risqué et il sort qu’en avril).
Écoutez ça en attendant :

07 hurricane.mp3

02 wait for me.mp3


VISIONNAIRE ET TURGESCENT


Adorateurs d’expérimentations iconoclastes, nihilistes bon chic et néo-gnostiques branchés en tous genres, rappelez vous qu’à la fin des années 70, une bande de freaks londoniens armés de magnétos, synthés analogiques, guitares, basse mais aussi violon et divers cuivres faisaient (déjà) ça :

Throbbing Grisle - Dead on Arrival.mp3



Ils s’appelaient Throbbing Gristle, leurs concerts mêlaient musique et performance (projection d'images insoutenables, pornographie, uniformes et insignes nazis…), ils avaient plein de théories sur tout, leurs premières K7 audio s'intitulaient “The best of Throbbing Gristle…” et ils étaient capables de ça aussi :

Throbbing Gristle - United.mp3

Littéralement, Throbbing Gristle signifie “sexe turgescent” :

Throbbing Gristle - Five Knuckle Shuffle.mp3

Ils sont les précurseurs (parfois bien avant l’heure) de pas mal de genres musicaux (indus, post punk, cold wave, techno minimale, drone…).

Leur chanteur, Genesis P-Orridge (véritable Pape de l’industriel et philosophe tous azimuts) explique qu’au départ, son projet était de “présenter des sons complexes et non-divertissants dans une situation de culture populaire, afin de convaincre et de convertir. Nous voulions réinvestir la musique rock avec un contenu, une motivation et un risque.” Contrer l’emprise des “mass-medias” sur les individus, lutter contre toute forme de contrôle exercé par une société mercantile et dominée par le star-system en usant, précisément, de ces mêmes moyens de diffusion… tout en restant dans une démarche underground (et oui, difficile de ne pas tomber dans la contradiction).
Je n’irai pas jusqu’à détailler tous les préceptes véhiculés par P-Orridge, une simple recherche google vous renseignera copieusement sur la question.

Throbbing Gristle - Hamburger Lady.mp3

Le groupe splitte en 1981 - Genesis P-Orridge explique : “nous avons quitté un milieu envahi par des idées et des gens malsains, parce que ces gens ont choisi de ne pas comprendre ce que nous disions. C’est devenu une surenchère de provocation” - mais signe une paire d’années plus tard chez mute records À TITRE POSTHUME (!), puis se reforme en 2004. Entre temps, l’aspect physique de Genesis P-Orridge s’est progressivement modifié : une série d’opérations chirurgicales (implants mammaires, lèvres siliconées…) dans le but de gommer les différences entre sa femme et lui et d’aboutir à un genre de pandrogénie (tentative de sexualité "infinie", dépassant les genres sexuels) l’ont progressivement transformé en une créature-hybride, défiant les codes esthétiques communément acceptés.

Voici un extrait d’une interview filmée au travers duquel P.Orridge s’exprime à ce propos.




Leur site internet indique que le groupe (ce qu’il en reste) se produira fin mai au Primavera (Barcelone) et début juin à Paris (Villette Sonique)… mais c’est pas sûr encore.

SUB-DIVIN CANADIEN





Il s’appelle Chilly Gonzales mais les gens prononcent très très rarement son prénom (un peu comme Dieu finalement, avec qui il partage le fait d’être très très fort).
Il est Canadien et possède beaucoup d’humour (un humour parfois lourdingue, c’est vrai et c’est pour ça que Dieu est Un et pas deux). Son look un peu ringard et quelque chose de patibulaire dans son allure le disqualifient d’office à un casting de chippendale mais Gonzales n’en demeure pas moins un virtuose du piano, doublé d’un producteur de hip-hop minimaliste et aventureux.

Gonzales - take me to broadway.mp3

Il a collaboré avec Feist et Jamie Lidell, Patric Catani, Peaches, Puppetmastaz, Katerine, et reste un spécialiste du second degré (parodies en tous genres, reprises absurdes et remixes gospel… le principe ? Prendre un titre généreusement produit / ne conserver que la piste vocale / rajouter piano, chœurs et claps enregistrés à l’arrache…
Sur la face b d’un Jamie Lidell, ça donne ça :

Jamie Lidell - multiply (in a minor key - piano by gonzales).mp3

Et en live avec Lidell himself, Feist et Mocky, ça donne un joyeux bordel :

(afin de devancer vos FAQ à propos des gants blancs arborés par nos quatre protagonistes, sachez que je n’ai aucune explication valable à ce jour excepté que la tournée s’intitule “White Gloves” et que c’est sûrement très hygiénique).

MULTIPLY - live

et aussi :

So-called party over there




JOYEUX et BORDEL : voilà deux mots qui collent bien à l’univers de Gonzales comme le prouve cette vidéo de très mauvaise qualité mais qui démontrent son pouvoir sur la pauvre Feist à qui il fait faire vraiment n’importe quoi, là :

Gonzales (with Feist) live at Trash


C’est vrai, à peu près TOUS les albums de Gonzales ont un côté, comment dirais-je, BORDERLINE… comme s’il prenait un malin plaisir (volontaire ou non) à frôler constamment le mauvais goût… Pourtant, ceux qui l’ont déjà vu sur scène témoigneront de sa capacité à transcender une matière première parfois “limite”.
Il est notamment un improvisateur terrible au piano (il a d’ailleurs enregistré en 2005 tout un album avec rien d’autre que du piano) et quand il interprète sur scène le morceau de tout à l’heure, Take me to Broadway, ça donne ça :

http://www.dailymotion.com/video/x17cwp_gonzales-take-me-to-broadway_music

Bon, il va bientôt sortir un nouvel album (que les plus roublards possèdent déjà), “l’album du retour aux sources” dirait le chroniqueur haut de gamme… Selon mes sources à moi, à savoir les propres mots de son géniteur, cet album peut provoquer “le dégoût, la confusion, l’orgasme chez les auditeurs” et je dois dire qu’il tape exactement dans le mil. Après quelques écoutes frénétiques de cet album (je fais partie des roublards sus cités), je dirais que 30 % des titres peuvent procurer un bonheur extrême par leur côté rédempteur et motownien (tendance Jackson 5) voire disco 70’s tandis que 30 (autres) % (composés de ballades lo-fi cotonneuses à souhait) inspirent, quant à eux, la mélancolie (un peu à la manière d’une Gymnopédie d’Éric Satie). Je ne saurais quoi dire du tiers restant et vous inviterai donc à vous forger votre propre opinion.

Notons que Gonzales entame une tournée en Europe et qu’il se produira à la MJC moderne de Feyzin le 29 mars prochain en compagnie de Mocky et So Called (Joyeux et Bordel…).

Voici le premier morceau de Soft Power (c’est le titre du disque) que je vous conseille d’écouter le matin, au réveil, quand vous sentez la journée de merde… ça marche !

Gonzales - Working Together.mp3

Et le making-of du producteur multi instrumentiste dans son studio :
(le premier qui rit quand il joue des congas a perdu…)

WORKING TOGETHER - TEASER





POST-POP DE LUXE


Déviant, bizarroïde, alternatif, abstrait… tout ce que vous voudrez mais qui dit Anticon dit quand même HIP-HOP. Et c’est précisément autour d’un credo commun, à savoir un certain renouveau du genre, que le vertueux label californien (d’Oakland plus précisément) a vu le jour et que ses membres fondateurs (Sole, Why?, Doseone, Odd Nosdam…) se sont associés.
Tout ça, c’était il y a quand même belle lurette (c’est drôle comme cette expression est pas encore tombée en totale désuétude) et, au vue des dernières signatures dignes d’intérêt (Thee More Shallows, Sj Esau…), les moins perspicaces constateront d’eux-mêmes : “mais c’est de pop qu’il s’agit !”. Affirmatif… et l’album de Son Lux à paraître début mars ne déroge pas à la “nouvelle règle”. Ryan Lott (aka Son Lux) est né à Denver en 1979. La légende raconte qu’il commit son premier live aux côtés de Sufjan Stevens et Emmylou Harris, grâce à un tremplin universitaire dont il fût le lauréat. Bon, c’est vrai là le terme “légende” est un peu galvaudé… un peu dans le genre : “la légende raconte que Tom Cruise a travaillé pour de vrai dans un bar ultra jet set pour s’entraîner avant le tournage du film Cocktail”. Bref. Revenons à Son Lux dont l’album intitulé At War with Walls and Mazes est, ma foi, charmant. Certains morceaux sont même très beaux comme cette piste 9 plaintive et pudique à la fois… si la post-pop existait, je crois que Son Lux ferait de la post-pop.

Son Lux - Stand.m4a


Et un joli clip vidéo :



A LA UNE

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Un arc-en-ciel planté dans le béton.

1001 chansons offertes par les groupes qui ont joué à GrrrndZero.

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